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Catherine Destivelle

Comme les hommes ont pris l’habitude de vivre en fonction de l’horizontale, l’escalade peut alors t’offrir une autre perspective de toi même, elle est en mesure de t’enseigner la concentration et de te montrer comment atteindre un objectif. Catherine possède beaucoup d’expérience dans toutes les disciplines, elle connaît l’âpreté de la lutte dans des voies sportives et en compétition, l’audace et la grandeur des courses hivernales en solo dans les célèbres faces nord, et l’univers grandiose des parois glacées des 8 000 comme au Xixabangma.

Dès son enfance, Catherine joue avec ses trois soeurs dans les rochers de Fontainebleau. Toutefois, elle ne commence à grimper sérieusement qu’à l’âge de quatorze ans.  » Pour moi, grimper était un sport génial, un jeu concret. Tu pouvais choisir toi-même quelle difficulté tu affronterais et obtenir une satisfaction immédiate.  » Dès ses seize ans, en compagnie de Pierre Richard ou de Pierre Béghin, elle pratique le Vercors et le Verdon, considérés à l’époque comme les zones d’escalade les plus difficiles de France; la plupart du temps, elle grimpait en tête.

 » L’escalade était une grande aventure, j’ignorais la peur et n’imaginais p l’éventualité de la chute.  » A dix-sept an. Catherine connaît déjà les grandes classiques de Chamonix; elle gravit la Directe américaine des Drus en tête et en sept heures. Puis, à vingt et un ans, elle interrompt brusquement l’alpinisme et consacre quatre années à des études de kinésithérapie. Elle ne recommencera à grimper que lorsque Pierre Nicod lui proposera de participer au tournage d’un film.  » J’avais perdu la forme à force de travailler assise, de trop manger et de passer des nuits à jouer au poker! J’étais soudain prise de panique, ne faisais confiance ni à mon baudrier ni à la corde!  » Pourtant, Catherine réalise l’impossible et réussit les longueurs clés de Pichenibule en direct devant la caméra. Lothar Mauch, son compagnon, puis agent, réussit ensuite à la convaincre de participer à la rencontre de Bardonecchia. Son étonnante victoire ainsi que le film de Robert Nicod font soudain de cette jolie femme une star de l’escalade que les médias s’arrachent. Dix jours plus tard, lors d’une approche sur un glacier, elle fait une chute de 35 mètres dans une crevasse et s’en sort de justesse avec une fracture du dos et de la hanche. Un an plus tard, elle participe de nouveau à la Roccia Bardonecchia et remporte, devant Lynn Hill, une victoire très contestée à la suite d’une modification des règlements en sa faveur. Elle dispute sa dernière compétition à Snowbird, en 1988.  » La compétition n’a rien à voir avec la véritable escalade. En compétition, il faut non seulement que je fasse mes preuves, mais aussi que je grimpe pour le public. Je préfère gravir des voies difficiles pour moi-même, car les seules choses qui existent sont le rocher et moi. « 

A Buoux, elle a été la première femme capable d’atteindre le degré 8a+ en réalisant Chouca. Mais, dès 1989, elle préfère se consacrer de nouveau à la montagne.  » Je n’avais plus envie. L’entraînement et le régime me stressaient. Il fallait trop en faire pour être performante. Je crois qu’il est préférable de considérer le sport comme un jeu, d’y prendre plaisir, de donner le meilleur de soi-même et d’être détendue. hentraînement pour les courses alpines me coûte moins parce que les voies demandent plus d’efforts psychiques que physiques. On est moins lié à des programmes d’entraînement définis; on n’est pas obligé de planifier les moments de grande forme.  » En 1990, elle réussit avec Jeff Lowe la seconde ascension en libre de La Voie des Yougoslaves à la Tour sans nom; quelques semaines plus tard, elle gravit le pilier Bonatti aux Drus en solo et en quatre heures. Ensuite succède une série d’ascensions en solo et en style alpin : en onze jours, tirant 64 kg d’équipement, elle ouvre une nouvelle voie dans les Drus. Au cours des années suivantes, elle réalise la face nord de l’Eiger et la face nord du Cervin, seule et en hiver. Elle se sent à l’aise en solo.  » Je choisis une voie, si possible difficile, mais sans danger. Je n’aime pas prendre des risques, j’aime la vie et je suis très prudente. J’ai les deux pieds sur terre!  » Elle aime se souvenir de sa dernière grande expérience himalayenne, la voie Loretan au Xixabangma avec Erik Decamp, qu’ils ont achevée ensemble, chacun en solo.

Cette alpiniste chevronnée ne se préoccupe guère de son image, elle jouit d’une certaine indépendance grâce à de bons sponsors, mais considère que sa profession de kinésithérapeute est une sorte de garantie

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