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Bernd Arnold

Bernd avait douze ans quand un vieil alpiniste l’emmena, avec ses amis, sur Alter Weg (II) qui conduit au Panoramafels. Ce fut un événement décisif. Dès lors, Bernd part presque chaque jour explorer les grès de la région, d’abord avec le fil à linge de sa mère, puis avec une vraie corde.

Au cours de sa première année d’escalade, il fait lui-même l’expérience des dangers des grès de Saxe. Il chute au sol de 6 mètres dans le Steinbruchnadel Schartenweg (VI) ( résultats : quelques égratignures); mais son père lui supprime sa corde. A quatorze ans, Bernd commence à s’entraîner pour se muscler et acquérir davantage de souplesse. Il consigne ses progrès et prend pour référence les générations de grimpeurs saxons qui l’ont précédé. Emanuel Strubich, par exemple, avait déjà gravi l’arête ouest du Wilder Kopf (VII), en 1918. Comme nul autre auparavant, Bernd contribue au dévelop-pement de l’escalade sportive à Elbsandstein.  » L’essentiel est d’évaluer ses propres capacités face à l’inconnu et dans le cadre objectif donné par la nature. La motivation doit venir de toi-même, elle ne saurait être imposée de l’extérieur. Alors le profil des rochers, tes mouvements, le paysage, tes compagnons et l’instant convergent et se rejoignent dans l’action créatrice. Vivre l’instant est primordial pour moi. « 

Dès les années 70, ce Saxon, qui grimpait pieds nus, faisait partie de l’élite internationale. Malgré les règles strictes qui régissaient l’escalade en Saxe ( les voies ne pouvant être ouvertes que par le bas et sans travail préalable, respect absolu des intervalles entre chaque ring ) de nombreuses voies de haut niveau et psychiquement éprouvantes ont vu le jour dans la région. Comme l’ouvreur avait le droit de se reposer en s’accrochant aux rings ainsi qu’aux dégaines, la cotation de la voie se référait aux passages les plus difficiles. Mais en dépit des styles pratiqués dans l’Elbsandstein, les visiteurs occidentaux furent impressionnés par ces itinéraires magnifiques et par l’audace et le niveau d’Arnold. C’est ici que Kurt Albert et Wolfgang Güllich ont appris l’es-prit de l’escalade libre. Et Kurt Albert s’en inspira pour développer ses propres conceptions du libre.

Depuis l’ouverture des frontières de la RDA, Bernd voyage à travers le monde à la découverte d’autres montagnes : la Tour sans nom dans le Karakoram, le Fitz Roy et les tours du Paine en Patagonie, mais aussi les monts de Hombori au Mali attirent cet alpiniste chevronné.  » A tout âge, la grimpe procure à celui qui la pratique, en fonction de sa sensibilité et de son ouverture d’esprit, une base solide utile dans tous les domaines de la vie. I;escalade me donne la possibilité de communiquer avec mon entourage, d’éta-blir des contacts. Le rocher est mon allié. Si je lutte, c’est toujours contre moi-même. L’escalade requiert de l’intuition, une attitude créative et des forces mentales, physiques et psychiques. Tous ces traits de caractère sont nécessaires pour que les aptitudes sportives et les qualités humaines du grimpeur s’épanouissent. Cet aspect est très important de nos jours, où la vie semble bien monotone. La famille et les amis constituent l’entourage dans lequel je puise mes forces et auprès duquel je trouve compréhension et soutien. Lassé de l’escalade extrême dans l’Elbsandstein, Bernd a trouvé un regain d’énergie par le biais de l’alpinisme. Rien ne le retient, ni les accidents ni les bles-sures graves comme celle dont il a souffert après une chute dans une crevasse glaciaire au Karakoram pendant la des-cente de la Tour sans nom. Il considère son ouverture de Royal Flush au Fitr Roy, comme l’événement marquant de ces dernières années. Bernd interprète son envie de grandes courses dans d’autres régions du monde comme la conséquence logique de ses aventures de jeunesse à Elbsand-stein.

Bernd a toujours pensé qu’il était important d’échanger des idées et d’entretenir les contacts avec d’autres grimpeurs partout dans le monde. Au temps où la RDA avait encore une frontière hermétique, chaque visite le comblait de joie. Depuis 1991, il encourage les échanges en organisant la  » Hohnsteiner Klettersport-fest  » (la fête de l’escalade du Hohnstein).

Actuellement, Bernd part souvent avec de jeunes grimpeurs et surtout avec sa fille Heike. Parallèlement il s’engage pour le développement de la région de l’Elbsandstein. Il défend la tradition saxonne, souhaite conserver les pitons rocheux intacts et pense que les falaises doivent s’ouvrir à l’escalade sportive (même à ceux qui équipent les voies par le haut).

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